Le Retour de l’Absent

Elle n’avait jamais pensé qu’elle reverrait un jour son frère. Pourtant, par un après-midi ordinaire, il frappa à sa porte. Claire vivait avec un poids sur le cœur depuis vingt ans. Le départ soudain de Pierre avait laissé un vide immense, une blessure qu’elle n’avait jamais vraiment su panser. Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle eut le souffle coupé. Le visage de son frère, bien qu’un peu plus ridé et fatigué, était toujours reconnaissable. “Salut, Claire,” dit-il, hésitant.

L’émotion la submergea. Elle ne savait quoi ressentir : colère, soulagement, peur ? Tout se mélangeait. “Pierre… je ne savais pas que tu étais en ville,” répondit-elle, la gorge serrée.

Ils s’assirent face à face dans la cuisine, un silence pesant entre eux. Claire se souvenait encore de la soirée où tout avait éclaté, des mots qu’ils s’étaient lancés, des larmes qu’elle avait versées après son départ. Mais aujourd’hui, elle devait comprendre pourquoi il était là.

“Je sais que ça fait longtemps,” commença Pierre, le visage emprunt d’une tristesse sincère. “Je suis parti brusquement, et je m’en veux. J’ai été lâche. J’ai fui mes responsabilités et je t’ai laissée seule.”

Claire serra les poings sur la table, cherchant ses mots. “Tu m’as abandonnée, Pierre. Maman comptait sur nous, et tu n’étais pas là. Tu m’as laissée gérer sa maladie toute seule.” Ses paroles étaient chargées de douleur, la voix tremblante.

Il baissa les yeux, reconnaissant la vérité de ses accusations. “Je sais, et je suis désolé. Je m’en veux de ne pas avoir été là pour toi, pour elle. J’étais jeune et perdu, effrayé par la mort.”

Elle se leva brusquement, se dirigea vers la fenêtre pour regarder au-dehors. La vue des arbres dansant sous le vent avait toujours eu un pouvoir apaisant. “Tu sais, il y a des années où je t’en ai voulu comme jamais,” avoua Claire dans un souffle.

Ils restèrent là, chacun avec ses pensées. Pierre la rejoignit finalement, posant une main hésitante sur son épaule. “Je ne suis pas venu te demander de me pardonner d’un coup. Je veux juste essayer de reconstruire quelque chose, même si c’est petit, même si ça prend du temps.”

Claire ferma les yeux, cherchant au fond d’elle-même. Elle savait que les blessures ne guériraient pas du jour au lendemain, mais elle ressentait un poids se soulever légèrement. “Peut-être qu’on peut essayer,” dit-elle finalement, sa voix adoucie.

Les deux se tournèrent vers le ciel, observant le coucher du soleil qui déroulait une palette de couleurs vives. Un début timide, mais un début tout de même.

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